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L'énergie de la |
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MASAFUMI FUKAGAWA |
| Au milieu du XIXe siecle, le Japon a connu un changement spectaculaire. Les pays occidentaux réussirent a convaincre la dynastie Shogun de renoncer a la politique d'isolement menée depuis deux siecles a l'égard de l'Occident. Cette ouverture permit l'introduction de la photographie dans le pays - ce fut un choc pour tous ceux qui découvrirent ce medium, alors révolutionnaire. Non seulement l'art traditionnel japonais, qui ne connaissait pas le portrait en perspective, eut alors a surmonter l'effet prodigieux que produisait le rendu de l'espace par la photographie, mais la conscience collective japonaise se vit forcée de reconnaître la supériorité de l'Occident dont les boîtes noires produisaient ces photographies qui rendaient cette impression de profondeur spatiale. |
| L'effet de surprise ne
fit pas basculer pour autant ces spectateurs dans
l'attitude rigide de la peur. Avec une curiosité, une
habileté et une application typiquement japonaises, séduits,
les Japonais explorerent cet instrument et tres vite maîtriserent
a leur tour l'univers des images de la vie moderne: a la
fin du XIXe siecle, les studios et les albums de
photographies étaient largement répandus au Japon. |
C Toshio Shibata, Park County, Colorado C Toshio Shibata - Courtesy Kawasaki City Museum. |
Le développement de la photographie artistique alla de pair. Inspirés par le pictorialisme qui dominait alors en Amérique et en Europe, les photographes japonais s'appliquerent a cultiver le pittoresque. Apres la Premiere Guerre mondiale et le grand tremblement de terre du Kantô en 1923, la modernisation se poursuivit a un rythme accéléré: électricité, mécanisation, production et consommation de masse se répandirent dans la société. La photographie commença a se détourner du pictorialisme. |
| L'Allemagne exerça une influence marquante sur l'évolution du Japon avec sa conception néo-objective de l'image dans les années vingt. L'exposition du Werkbund a Stuttgart en 1929 fut présentée deux ans plus tard sous une forme modifiée a Tokyo et a Osaka - elle apporta une vive impulsion a l'avant-garde japonaise. L'arrivée du Leica suscita un mouvement d'euphorie. La publication en 1934 de l'ouvrage de Paul Wolff, My Experience with the Leica, connut une telle popularité qu'une exposition des photographies de Wolff fut organisée a Tokyo. Des photographes comme Ihee Kimura et Hiroshi Hamaya travaillerent au Japon avec un Leica. |
![]() C Hiroshi Sugimoto,
Madame Thiénot, Londres, |
Le Japon connut une reconstruction similaire a celle de l'Allemagne apres la Seconde Guerre mondiale - puissante croissance accompagnée de profondes transformations du mode de vie et de la culture du quotidien. La photographie connut visiblement la meme évolution. Mis a part les vétérans de la modernité, on vit apparaître des photographes de la subjectivité, mais aussi des représentants de la photographie documentaire, dans l'esprit de Robert Capa et Henri Cartier-Bresson. Les modeles américains comme Robert Frank dominerent aussi la scene au Japon dans les années 60, en meme temps que se développait une forme d'expression originale, représentée par des artistes comme Daido Moriyama et Nobuyoshi Araki qui tenterent de rendre compte des changements sociaux par des moyens extremes de la photographie et par une approche tres subjective dans les années 60 et 70. C'est a cette époque que se produisit le boom de l'industrie de la photographie au Japon. |
| La photographie artistique s'établit dans les années 80. Le nombre de galeries professionnelles s'accrut rapidement, le premier musée de la photographie, le Metropolitan Museum of Photography de Tokyo, ouvrit ses portes en 1990. L'évolution se poursuit depuis avec un dynamisme égal. La photographie japonaise est internationalement reconnue et un nombre croissant d'artistes exposent et publient. |
| Masafumi Fukagawa, Conservateur, Kawasaki City Museum |
| >>>> | Un musée idéal entretien |
![]() Hikoma Ueno (1838-1904),
|
Les années soixante et soixante-dix ont vu se manifester une activité intense de la part de jeunes créateurs au Japon. La création d'un musée ou d'une section consacrés a la photographie a été l'expression d'une reconnaissance qui reflétait la situation nouvelle de cet art. Pour Masafumi Fukagawa, conservateur au département de photographie, le Kawasaki City Museum est l'un des fruits de cette évolution culturelle. |
![]() Masato
Seto, (Silent mode). |
Paris
Photo. En 1988, le musée Kawasaki a été le premier a
ouvrir une section photographique. Qu'est-ce qui a déterminé
cette nouvelle orientation? Masafumi Fukagawa. Il y a eu trois raisons a cela. Premierement, l'activité intense de photographes de grand talent au cours des années 60 et 70, puis l'ouverture de galeries de photographie privées vers le milieu des années 70, enfin un mouvement de société en faveur de la création d'un musée de la photographie ou d'une section photographie a l'intérieur d'un musée dans les années 80. Les années 60 ont vu l'essor des activités créatrices de photographes comme Shomei Tomatsu, Eikoh Hosoe, Ikko Narahara, et bien d'autres encore. Par la suite, le mouvement s'est poursuivi avec une forme d'expression plus extreme, reflétant la rapide transformation de la société japonaise, et on a vu apparaître une nouvelle génération de photographes comme Daido Moriyama, Takuma Nakahira, Nobuyoshi Araki, etc. Ces activités ont posé un certain nombre de questions essentielles au sujet de la photographie: qu'est-ce que la photographie? Que signifie l'image? On a alors essayé, expérimenté de nouvelles possibilités d'expression photographique et approfondi la recherche dans ce sens. Les bases de la photographie artistique étaient déja posées. |
| La nouvelle conception
de la photographie demandait de nouveaux lieux
d'exposition. Autour de 1975, un certain nombre de
galeries spécialisées dans la photographie, et indépendantes
du cinéma ou de producteurs, ouvrirent leur portes, en
premier lieu, Zeit Foto Salon, puis Photo Gallery
International. L'apparition de galeries de photographie
indépendantes offrit aux jeunes photographes une
nouvelle perspective d'acces au public. Ces galeries organiserent un certain nombre d'expositions internationales qui stimulerent et influencerent les photographes japonais et leur public. Une importante exposition sur l'histoire de la photographie japonaise, organisée par la Photographic Society du Japon se déroula en 1975. Elle couvrait l'histoire de la photographie au Japon de ses débuts jusqu'aux années 70 et fit découvrir a un grand nombre de visiteurs l'importance de l'univers culturel qu'elle représentait. En 1979, un Comité pour la création d'un musée de la photographie fut mis en place a l'initiative de la Photographic Society du Japon. Les représentants de cet organisme intervinrent aupres des autorités nationales et locales. Kawasaki City fut la premiere a manifester un vif intéret pour le projet. La ville ouvrit en 1988 le premier musée d'un type nouveau intégrant non seulement la photographie, mais aussi les arts graphiques, la bande dessinée, le cinéma et la vidéo. Un an plus tard, le musée de Yokohama, un des berceaux de la photographie japonaise, ouvrit ses portes avec une section photographique. La fondation du Tokyo Metropolitan Museum of Photography (TMP), en 1995, pourrait etre définie comme le sommet de ce mouvement en faveur des musées de la photographie dans ce pays. Il me paraît important de mentionner monsieur Eturo Ishihara, directeur de la galerie Zeit Foto Salon, qui créa temporairement un musée de la photographie a Tsukuba, lorsqu'y fut présentée l'exposition. Cette initiative joua un rôle important pour faire comprendre aux spectateurs ce qu'était réellement un musée de la photographie; elle réunit un groupe de jeunes et brillants critiques et un historien de la photographie qui allaient renforcer le mouvement en faveur des musées de la photographie dans les années suivantes. C'était une tâche assez palpitante que d'etre parmi les premiers conservateurs de musées de la photographie. Le département de photographie du Kawasaki City Museum a débuté avec Osamu Hiraki, critique indépendant et historien de la photographie, et moi-meme. Osamu Hiraki m'a beaucoup appris sur la mission d'un conservateur, alors que j'avais consacré mes études a la philosophie occidentale. Monsieur Hiraki a quitté le musée en 1993 pour reprendre son activité de critique de photographie et conservateur indépendant. Je lui ai donc succédé a la tete de la section en poursuivant les memes orientations que nous nous étions fixées. |
![]() Jun
Shiraoka, Athens,Greek, 1994 |
Comment définissez-vous
ces orientations? Nous avons deux axes majeurs. Le
premier consiste a élargir et a approfondir la démonstration
de l'importance culturelle et sociale de la photographie
a travers les activités du musée: expositions,
enrichissement des collections, ateliers, conférences.
Le second est la promotion de la photographie
contemporaine et le développement des nouvelles
possibilités offertes par la photographie a travers la
collaboration avec des artistes contemporains. J'ai
beaucoup appris au sujet de ces démarches en observant
ce que faisaient les conservateurs les plus actifs dans
d'autres pays, notamment en Europe. |
| Comment la collection
est-elle constituée et comment décidez-vous des acquisitions? Nous avons environ 10.000 ouvres photographiques, 60% japonaises, 40% de provenance internationale. C'est la deuxieme collection publique de photographies du Japon. Bien sur la plus importante reste celle du TMP. La collection a débuté en 1983; nous l'avons conçue au départ sur deux grandes lignes. Nous réunissons d'une part des ouvres historiques importantes, du Japon et de l'étranger, d'autre part des ouvres importantes dans l'histoire de la photographie documentaire. Dans le premier registre, nous avons réuni les réalisations marquantes de 100 photographes japonais des années 40 aux années 80, avec entre autres Shoji Ueda, Ihei Kimura, Daido Moriyama, Nobuyuki Araki et ainsi de suite. Hiroshi Hamaya occupe une place particulierement importante dans notre collection puisque nous possédons un millier de photographies de lui. C'est la collection la plus importante de cet artiste. Parmi les photographes étrangers, je citerai entre autres Atget, Sander, Walker Evans, Ed van der Elsken, Robert Frank, Lee Friedlander, Eugene Smith. Dans la deuxieme rubrique, nous avons par exemple la Photographic Survey in the West, États-Unis par Jackson, O'Sullivan, Muybridge, la Mission héliographique de 1851 en France, Baldus, Negre, Le Secq. Des photographies de la FSA par Ben Shahn, A. Rothstein, W. Evans, J. Vachon, etc. Apres l'ouverture du département, Monsieur Hiraki et moi-meme avons ajouté une troisieme ligne: une collection de photographie contemporaine, parce que nous estimions que c'était un volet aussi important que la photographie historique. Nous possédons ainsi des ouvres de Lewis Baltz, Hilla et Bernd Becher, Cindy Sherman, Hiroshi Sugimoto, Toshio Shibata, Jun Shiraoka, Naoya Hatakeyama, etc. Nous avons aussi un matériau photographique: des revues graphiques, des albums de photos. Je voudrais souligner que la collection de photographies imprimées est aussi nécessaire, sans lesquelles des sources capitales disparaîtraient. Nous avons ajourd'hui environ 10.000 périodiques: Life, Vu, Picture Post, USSR in Construction, Arbeiter Illustrierte Zeitung, Nippon, etc. Au cours de ces dix dernieres années j'ai cherché a réunir une importante série de la Berliner Illustrierte Zeitung. Nous avons ainsi d'intéressantes ouvres de photographes français, avec les portraits de la Mission japonaise en Europe dans les années 1860. Elle ont été réalisées par le photographe français Philippe Poteau. Les négatifs étaient conservés au musée de l'Homme. J'envisage d'organiser une exposition sur ce theme avec des conservateurs et des historiens français. |
Asako
Narahashi, sans titre, 1994
Akira Yoshimura, Mao, China, 1994 |
Quel est
votre politique en matiere de photographie contemporaine?
J'applique une stratégie consistant a donner a voir une situation a travers des expositions et a favoriser l'échange d'information sur la photographie contemporaine au Japon et a l'étranger. Dans les années 80, j'ai eu le sentiment que le centre actif se déplaçait des Etats-Unis vers les pays européens, en particulier l'Allemagne, l'Angleterre et la France. Mais on a longtemps ignoré ce changement au Japon. L'une des raisons est que, depuis la guerre, l'information en provenance des États-Unis a toujours dominé chez nous. J'ai pensé qu'il était essentiel de compenser ce déséquilibre, de maniere a mieux analyser la situation et a trouver la bonne voie. C'est pourquoi j'ai organisé de nombreuses expositions d'ouvres contemporaines de ces pays. Il y a une autre raison a cette démarche. A l'intérieur du Japon, chaque musée de la photographie doit avoir son caractere propre. Le TMP est le principal centre de la photographie dans ce pays; il couvre tous les domaines de l'histoire de cet art. Ne valait-il pas mieux que le Kawasaki City Museum se tourne plus nettement vers l'avant-garde? Cette idée m'a conduit a mettre en place presque chaque année des expositions dont la toute derniere, réalisée a la fin de l'année 2000, était intitulée "Eloge de l'ombre: un aspect de la photographie contemporaine française - les yeux", de Jean-Claude Lemagny. Mon souhait est que les expositions organisées dans notre musée soient un tremplin pour les artistes contemporains. C'est un plaisir pour moi que de voir les photographes poursuivre leur chemin, s'engager sur de nouvelles voies, et obtenir parfois des récompenses prestigieuses.
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![]()
Naoya Hatakeyama, |
Quel
soutien votre département apporte-t-il aux artistes? Si notre section disposait d'un énorme budget, je ferais tout pour aider les artistes dont le talent semble prometteur. Je regrette que ce ne soit pas le cas, toutefois nous consacrons une part du budget a de nouvelles acquisitions. Nous ne pouvons pas espérer d'amélioration drastique ces temps-ci. Le budget baisse encore. Nous apportons donc aux artistes un soutien indirect par le biais des expositions, et parfois en achetant des ouvres. Les expositions sont un moyen de faire connaître les artistes et de leur ouvrir l'acces a une notoriété internationale. J'espere qu'elles ont en partie contribué a accélérer la progression des activités des photographes. On pourrait dire que c'est un soutien catalyseur. Depuis l'ouverture, nous avons reçu une grande quantité d'informations du Japon et de l'étranger, et j'ai essayé d'entretenir le contact avec de nombreux musées, galeries, conservateurs et critiques. Cette information, qui s'accumule dans notre section, et notre réseau ont pu aider les artistes a naviguer dans l'univers de la photographie. Quels
sont vos projets d'expositions pour 2001? Quel est selon vous le musée idéal
? |
| Entretien avec Jeanne Fouchet & Nathalie Amae |
more information... http://www.paris-photo.fr/francais/magazine/accueilmag.htm
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